Procès "Angolagate" : une lecture au quotidien [Seconde partie]

Mercredi 5 novembre 2008, par André Fine (Survie) // Presse, reportages

Ci-dessous, un compte-rendu personnel des trois jours de la deuxième semaine du procès de l’"Angolagate", réalisé par André Fine, membre du conseil d’administration de Survie...

Si vous avez raté le début : Lire la première partie

Lundi 13 octobre 2008

le 13/10, le président Parlos veut clarifier le démarrage du commerce d’armes.

Pour les principaux prévenus, il s’agit surtout d’aide humanitaire : Falcone est « accouru pour aider un Etat abandonné », Marchiani effectuait « des missions de paix pour l’ONU » et Mitterrand se souvient d’alimentaire et peut-être très accessoirement d’armes (rappelons que ce dernier a été emprisonné un mois puis libéré sous une caution de 762.000 euros, et que l’instruction lui reproche d’avoir reçu 2,6 millions d’euros cash et 26000 euros en billets d’avion)

Mais JB Curial (le tiers-mondiste qui revient d’Angola en 1993 avec les commandes de Dos Santos) jette un froid dans la salle en confirmant :

- que parmi la longue liste des commandes, l’alimentaire devait faire 3 ou 4 lignes, alors que les armements étaient très détaillés : chars, hélicoptères, navires, roquettes, obus, mines, munitions,…

- que Pasqua et Marchiani, rapidement prévenus par Falcone, effectuaient une diplomatie parallèle à Paris comme à Luanda avec des plénipotentiaires angolais ( diplomatie que Juppé, interrogé pendant l’instruction, avait déclarée « choquante », comme il s’était déclaré « surpris » par les fonds collectés par Marchiani et retrouvés en Suisse) réponses des intéressés : « je ne me rappelle pas »(Pasqua) ou « première nouvelle »(Marchiani)

Au sujet du premier accord global signé en novembre 1993 entre l’Angola et ZTZ-Osos (Falcone/Gaydamak), pour un montant de 750M dollars d’armements et 40M dollars d’alimentaire, Falcone se retranche systématiquement derrière le secret défense de l’Angola mais Curial est plus loquace : c’est lui-même qui a géré la partie alimentaire via sa société Angonegos, il reconnaît avoir reçu à Bruxelles 1 million de dollars en espèces dont un tiers pour lui, il confirme le portrait de Falcone et Gaydamak qu’il avait fait à l’instruction (« des gens peu recommandables »), ainsi que les pressions et menaces qu’il a subies. Président Parlos : « madame la greffière, veuillez noter que le prévenu est très ému et au bord des larmes »

Le dernier temps fort de la semaine a été l’interrogatoire de Maille, adjoint au directeur de l’ingénierie financière chez Paribas ( la banque n’est pas inculpée, et le supérieur de Maille est devenu tétraplégique suite à un accident de polo).

Falcone et Gaydamak ont préfinancé 30% du contrat et cherchent assidûment un relais bancaire : plusieurs établissements ont refusé car l’Angola est insolvable, et la banque russe Menatep traite avec eux mais est chère. Paribas répond présent et un contrat est signé le 30/11/94 pour un montant de 760M dollars. Son objet : « restructurations, produits alimentaires et infrastructures » en Angola. l’Angola fournit une reconnaissance de dette et une garantie de 20000 barils de pétrole par jour. ( c’est le début d’une période de cascades de prêts gagés, en Angola et ailleurs, au moyen desquels les potentats s’arment massivement sur le dos des générations futures). Pour le prix de sa discrétion, Paribas est d’abord grassement rémunérée (3 à 4% du montant du contrat) mais aurait reçu également des commissions occultes pour 7,3 millions de dollars

Maille tergiverse, il n’aurait « jamais eu connaissance des contrats d’armes », était chargé « seulement du montage de l’opération », il se fait très discret sur le comité de crédit de la banque d’ordinaire très sourcilleux sur des contrats aussi importants, puis lâche : « pour être banquier, il faut savoir avoir des œillères », phrase catastrophique pour les prévenus et que le président fait immédiatement acter aux minutes du procès.

Suite les 20, 21 et 22 octobre

André Fine

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