Introduction

De nos jours le problème énergétique est omniprésent. Mais bien plus que le souci quantitatif, c’est dorénavant l’impact sur leur environnement (naturel ou financier…) qui préoccupe la plupart des gens. Cependant beaucoup oublient que l’utilisation courante de l’électricité reste un privilège. En effet, près de 2,5 milliards d’habitants de notre planète n’ont pas accès aujourd’hui aux énergies modernes et notamment à l’électricité. On en dénombre quelques centaines de millions dans les zones périurbaines des pays en développement et près de 1,8 milliard dans les zones rurales. Le continent africain étant certainement le plus touché (source)… Et l’argument selon lequel ces populations n’en ont pas besoin, accoutumées à s’en passer depuis la nuit des temps, reste fallacieux tant qu’il est dicté par des motifs économiques. Car quel fut l’un des principaux vecteurs du développement de nos sociétés actuelles sinon l’énergie ?

Nous sommes sept élèves-ingénieurs de l’École des Mines de Douai qui devions réaliser un projet dans le cadre de notre formation. Dès le départ, nous souhaitions donner à notre projet un aspect humanitaire. Pour nous, il s’agit en effet de la meilleure façon d’exploiter les apports de notre formation d’ingénieur, en en faisant profiter les gens qui en ont besoin. Au cours de nos recherches, nous avons pris contact avec l’association «Pour le Codéveloppement avec le Tiers-Monde» qui nous a communiqué la volonté des habitants d’un petit village camerounais d’améliorer leurs conditions de vie. En effet, le village de Bafou, privé d’électricité, est en train de dépérir faute de petites entreprises agricoles qui pourraient freiner l’exode rural vers les villes où il n’y a pas forcément de travail pour tous. À la lecture du fax dont est extraite la citation d’en-tête, nous avons décidé d’aider Bafou dans la mesure de nos moyens…

But du projet

L’aide que nous comptons apporter se matérialisera par l’acheminement de 4 groupes électrogènes de 6kVA qui est la solution la mieux adaptée à leurs besoins d’après l’étude établie par nos soins. Ceux-ci permettront aux habitants de Bafou de disposer de structures énergétiques mobiles pouvant servir à mettre en oeuvre des mécanismes agricoles comme un moulin à maïs, éclairer une salle commune (notamment une salle de cours), ou pouvoir bénéficier de la radio…

L’objectif du projet sera atteint quand les groupes électrogènes seront acheminés à Bafou. Le projet prend aussi en compte le suivi pendant une période d’au moins un an. Nous nous fixons comme objectif à la mi-mai le départ des groupes de France.

Les organismes

Pour le Codéveloppement avec le Tiers-Monde

Cette association, présidée par Guy Poussy, vise à aider les pays du Tiers-Monde en collaborant avec les associations locales et en assurant le suivi technique et matériel sur place. Elle a déjà participé à des actions au San Salvador, au Cameroun, en Irak,… En 1997 elle a mené à bien le projet « Des Vélos pour Bafou » qui consistait à acheminer des vélos et un camion de La Poste (voir les photos). Ce projet nous permet d’entrevoir les éventuelles difficultés liées à l’acheminement vers le Cameroun, notamment les problèmes administratifs et douaniers.

Organisation de manifestations :

Sensibilisation du public.

Le 19 mars, un tournoi de cartes (tarot et belote) ainsi qu’une initiation à l’awale (ou wari) a été organisé au sein de la Maison des Élèves. La participation était fixée à 2 €, mais le but était avant tout de faire connaître la situation du village de Bafou ainsi que les partenaires de notre projet aux autres étudiants et leur montrer qu’il est possible d’organiser de telles actions.
La soirée a attiré plus de 25 joueurs, plus une quinzaine de curieux. Et l’awalé a remporté un franc succès !

Nous avons également décidé de réaliser des T-shirts en partenariat avec Unilog, ce qui constitue un bon support de communication. Une cinquantaine ont donc été commandés et doivent être livrés sous peu.

ok ! Achats des groupes :
Étude de marché en vue de choisir l’option la plus rentable possible.

Deux possibilités nous étaient offertes : acheter les groupes en France ou directement au Cameroun. Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, la seconde solution n’est pas forcément la meilleure étant donné qu’il n’existe pas vraiment d’industries locales, mais plutôt des succursales d’entreprises internationales important les groupes et pratiquant donc des tarifs élevés. Ainsi, un premier devis demandé à une entreprise camerounaise s’élevait à 12000 € pour les quatres groupes. Un autre se chiffrait aux alentours de 15000 €…
Après avoir pris contact avec plusieurs entreprises françaises et comparé les devis, nous avons choisi ATEM ENERGY qui nous proposait 3 groupes pour 4500 € ce qui rentrait dans notre budget.
Les groupes électrogènes sont donc commandés et prêts à être livrés au Havre pour le 6 mai d’oú ils partiront pour l’Afrique par bateau.

Organisation du transport :

Démarches administratives et choix d’une solution de transport.

Nous avons pris contact avec l’association Bioport qui s’occupe des transports pour les actions humanitaires et l’association Cap Humanitaire sur Lille. Un devis de Bioport s’élève à environ 500 €, ce qui nous paraissait raisonnable.
Par ailleurs, nous avons également contacté la société TRANSCO (TRANsports COntinents) qui nous facture Le Havre-Douala 390 €. C’est donc par ce transitaire que s’effectuera finalement le transport, le départ étant fixé au 15 mai. Puis Fidèle Tetsuikoueu viendra les y chercher en camion.
Le 12 février, nous nous sommes rendus à l’Ambassade du Cameroun située 73, rue d’Auteuil à Paris (XVIe). Nous y avons rencontré M. Tabi, Conseiller Économique de l’ambassade qui a pris le temps de nous écouter. Il nous a dit qu’il informerait le gouvernement camerounais de notre action afin de faciliter le passage en douane. Les taxes sont très élevées (près de 40% de la valeur des groupes), mais il ne sera malheureusement pas possible de bénéficier d’une exonération partielle ou totale. Nous restons tout de même en contact avec lui et le tenons informé de l’évolution de notre projet.

Acheminement des groupes jusqu’à Bafou :
Transport.

Bien que les prix proposés par Bioport étaient intéressants, nous avons préféré passer par la société TRANSCO (Transport Continent). Cette dernière nous propose en effet un trajet Le Havre-Douala pour 390 €. L’acheminement des groupes jusqu’au port de départ est ainsi plus facile car les groupes ont été achetés à côté de Rouen.
Afin de régler au mieux les problèmes de douanes et le transport jusqu’à Bafou, nous avons fait appel à un transitaire sur place, à Douala : ASAT (Alpha Shipping Agency and Trading). Nous avons donc eu a régler près de 2100 € dont presque 1900 € en droit de douane.

Les groupes sont donc partis du Havre le 26 mai sur un bateau affrété par la société Eculine. Ils sont arrivés 3 semaines plus tard au port de Douala. Une semaine a alors été nécessaire pour que les groupes soient disponibles pour une inspection de la douane.

Douanes

C’est alors que les ennuis ont commencé :
– Tout d’abord une inspection de la Société Générale de Sécurité (qui aurait dû être faite au Havre) n’avait pas été réalisée. Nous avons donc eu à payer une amende de 150 € et des frais de 150 €. Sur ce point, nous sommes probablement fautifs du fait de notre manque de connaissance, mais la société Transco, chargée du transit, ne nous en a pas informés.
– Ensuite il nous a été signalé que les groupes étaient d’origine italienne (présence d’une notice en italien) et que par conséquent il y avait « fausse déclaration » de notre part ! Notre fournisseur Atem Energy a dû envoyer des justificatifs concernant le commerce au sein de l’Union Européenne. Les groupes étaient effectivement faits en Italie avec des pièces venues d’Espagne et vendus en France.
– Enfin les connaissements n’étaient pas parvenus à la société ASAT et cette dernière ne pouvait pas retirer les groupes auprès de Eculine. Il a alors fallu que Transco envoie en Chronopost ces derniers.

Les groupes ont été, après 2 mois et demi, sortis de la douane de Douala, mais les problèmes ne se sont pas arrêtés là. La société ASAT n’a pas eu l’air de vouloir faire le transport jusqu’à Bafou et M. Tetsuikoueu s’est fâché contre cette dernière. ASAT, via son président Moïse Talom, a refusé de faire le transport et a demandé que quelqu’un de Bafou vienne retirer les groupes.
La semaine suivante, quelqu’un est venu chercher les groupes en train et a pu les acheminer par voiture jusqu’à Bafou. Ce trajet a été pris en charge par ASAT, conformément à ce que nous avions réglé.
C’est donc le 20 août que les groupes sont arrivés au village de Bafou, après trois mois d’embûches et d’actes peu honnêtes.

Eh oui ! Des pots de vins ont été versés ; ce que nous n’avons appris que par la suite. M. Tetsuikoueu a fait le déplacement jusqu’à Douala et a versé 50 000 Frs CFA à la douane afin d’accélérer les choses. Nous avions fait appel à l’Ambassade de France à Douala, au Ministère des Affaires Étrangères, à la Mission Économique Française à Douala ainsi qu’à des français sur place, au sein des douanes camerounaises mais le pot de vin a dû être le plus efficace.

Malgré toutes ces péripéties, les groupes fonctionnent à ce jour à Bafou : l’un sert au centre de santé communautaire, le deuxième à l’école et le dernier pour la ferme avicole du GICAPBAF.

Le Groupe d’Initiative Commune des Agriculteurs Polyvalents de Bafou est une organisation regroupant la plupart des notables du village, jouant le rôle de conseil d’administration. Elle est représentée par son délégué, Fidèle Tetsuikoueu, qui est notre contact local. Nos échanges se font uniquement par fax ce qui ne facilite pas la tâche, d’autant que le fax le plus proche de Bafou se trouve à dix kilomètres…

Pour décrire la situation critique de Bafou et inciter l’aide gouvernementale, Fidèle Tetsuikoueu a rédigé un dossier intitulé “Raisons qui justifient la nécessité des petites et moyennes entreprises en milieu rural” que vous pouvez consulter en cliquant ici.